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1Pour partir de loin, commençons par évoquer les lieux de la satire. Quels sont-ils ?

2En vérité, ils sont assez rares. La presse écrite, un peu la télévision, de moins en moins la radio, pratiquement pas la fiction – cinéma, théâtre, séries –, tandis que chansonniers et cabarets ont pratiquement disparu. Et là où la satire existe, c’est principalement sous forme de dessins plutôt que sous forme de chroniques comme celle de « La Cour », dans Le Canard enchaîné, dont la tradition n’existe plus. Certes, il y a encore celle de Michèle Stouvenot dans Le Journal du dimanche, mais c’est plus une sorte de revue de presse, très bien mise en forme, qu’une véritable création.

3Cela revient donc à dire que la responsabilité de la satire est aujourd’hui assumée, pour l’essentiel, par le dessin.

4Pas exactement, car lorsque des émissions de télévision ont été à leur meilleur, comme Les Guignols en 1995, cela avait des répercussions considérables. C’est donc aussi une question de talent. Leur première équipe était exceptionnelle, son impact aussi. Ils avaient su renouveler considérablement le genre. Avant eux, Le Bébête Show avait déjà eu un succès éclatant mais qui s’inscrivait davantage dans la tradition antérieure des chansonniers, du cabaret, avec un humour à base de jeux de mots. Les Guignols, eux, avaient intégré « l’esprit Canal », « l’esprit Charlie Hebdo ».

5Est-ce à dire que l’on peut faire une typologie de la satire, en fonction de ses formes, de ses ressorts ?

6Oui, la tradition des chansonniers se fonde sur parodies et jeux de mots, essentiellement, tandis que celle que j’appelle « la tradition Charlie Hebdo », très influencée aussi par la bande dessinée, se soucie davantage de recréation : on prend un personnage pour en faire autre chose, plutôt que de simplement le mettre dans une situation qui puisse faire rire. Il y a beaucoup plus d’imaginaire. On fait des politiques de véritables personnages, qui pourraient être ceux d’une bande dessinée, mais qui, en même temps, conservent les repères qui permettent de les identifier, de sorte qu’ils demeurent réels mais font l’objet d’une espèce de décalage. On n’est plus dans le commentaire de petite phrase, mais dans une transformation plus radicale. L’on est passé de la déformation du personnage, dans la tradition du cabaret, à la recréation d’un personnage, façon héros de bande dessinée, à qui tout peut arriver, mais qui doit conserver un rapport suffisant avec le personnage réel pour éviter d’en faire une sorte de martien avec lequel disparaîtrait toute idée de satire politique.

Adidas Fit Adidas Foam Womens Sandals Sandals Womens Fit Adidas Foam N0OPk8nwX7Et comment situez-vous les imitateurs dans ce paysage ?

8Du côté de la tradition des chansonniers, par les textes, l’esprit, et l’écriture des sketches. Au contraire, dans le style Guignols, lorsque le talent des imitateurs est sollicité – comme d’ailleurs celui de ceux qui conçoivent les marionnettes –, c’est au service de textes écrits dans un registre tout différent : si, dans Les Guignols, l’imitation est moins bonne, ou la marionnette moins réussie, cela peut passer quand même, voire être à peine gênant. En revanche, lorsque l’imitation consiste, comme souvent, à faire chanter une chanson, plus ou moins détournée, par Chirac ou Sarkozy, et donc à faire se rencontrer deux sujets – la chanson et le chanteur – qui n’ont rien à voir, si l’un des deux – l’imitation – est médiocre, cela n’a plus aucun intérêt.

9Cette rencontre, qui doit faire rire, entre deux choses qui n’ont rien à voir, c’est le ressort préféré de Plantu. Cela l’inscrit-il dans la tradition des chansonniers ?

10Oui.

11Pour en demeurer encore un moment sur les formes, il n’y a pas beaucoup de BD politiques, de satires politiques par voie de bande dessinée, du moins si l’on écarte vos propres albums sur la Corse ou le voile[1].

12Assez peu, mais le genre revient. Une nouvelle génération s’y met, comme par exemple Jul avec Il faut tuer José Bové. C’est très réussi et c’est typiquement le retour du dessin de presse dans la bande dessinée. Il n’a pas encore accès à la presse généraliste, mais je la crois très intéressée et cela ne devrait plus tarder.

13Et les fictions ? Comment expliquez-vous qu’un pays où la politique n’est pas omniprésente ait pu donner une série télévisée remarquable sur la Maison-Blanche[2], tandis que, en France, rien de comparable n’ait jamais vu le jour ?

14Je pense que c’est d’abord dû à la frilosité des chaînes. Au-delà, il n’est pas surprenant qu’il n’y ait pas de place pour la fiction quand il y en a à peine pour la réalité. Les émissions politiques sont, le plus souvent, renvoyées en seconde partie de soirée. L’on y met un peu tout, trop d’intervenants, trop de thèmes pour trop peu de temps, parfois un public qui applaudit. Je crois que les chaînes ont tort et qu’une bonne émission pourrait faire une bonne audience, mais personne ne semble vouloir le tenter.

15Quittons les formes pour aborder les contenus. La satire politique est-elle porteuse d’une conscience politique, d’un engagement, d’une finalité ?

16C’est la grande question des dessins engagés. Pour moi, c’est antinomique. Dessin d’humour, dessin engagé, cela ne va pas bien ensemble, cela ne fonctionne pas. Dès l’instant où il y a engagement, il n’y a plus la distance. Je crois qu’un dessin politique, c’est un dessin de mécontent. Nous sommes les emmerdeurs. Et un emmerdeur, il lui faut être drôle, sinon il n’est qu’un emmerdeur.

17Mais il existe néanmoins des traditions de dessins qui peuvent être amusants sans cesser d’être de droite ou de gauche.

18Certes, il y a des tropismes et l’on peut deviner vers où penche un dessinateur. Pour autant, cela n’en fait pas un engagement au sens strict. Défendre une politique donnée, cela ne peut pas marcher en dessin de presse.

19Soit ! On imagine mal un dessin défendant une politique, mais le choix de ceux que l’on attaque n’est pas neutre.

20Bien sûr, mais, la plupart du temps, il y a une équipe qui est en place et c’est vers elle que sont dirigés les traits que l’on envoie. Nous le faisons avec plus ou moins de facilité, mais quand nous tenons un bon client, de droite ou de gauche, aucun dessinateur ne résiste. D’une manière générale, c’est le pouvoir qui nous inspire, et ceux qui l’exercent, quels qu’ils soient.

21Donc, pour un dessinateur, c’est une calamité lorsque sont au pouvoir des gens pour lesquels il a de l’estime ?

22Cela devient plus compliqué. D’un côté, l’estime que l’on a pour eux nous fait souhaiter qu’ils soient bons. De l’autre côté, l’on est conduit à guetter les cas où ils se plantent. Finalement, c’est professionnellement un soulagement quand des gens pour lesquels on a de l’estime se plantent ! C’est l’un des paradoxes de notre situation. Il y a une part de réflexe dans ce métier. On cherche l’erreur. S’il n’y a pas d’erreur, il n’y a pas de dessin.

23Justement, qu’est-ce qu’un bon dessin : un dessin drôle ou un dessin pertinent ?

Marine48 Bleu CrocsSandales Eu Pour Homme BshQCtrdox24Les deux.

25Bien sûr. Mais peut-on, sans déchoir, sacrifier la drôlerie à la pertinence ou l’inverse ?

26Il y a trois cas de figure. Le dessin pertinent et ennuyeux, il a l’avantage d’être pertinent mais ne relève plus de la satire politique. Le dessin pertinent et drôle, c’est évidemment celui que nous recherchons chaque fois mais sans, hélas, y parvenir toujours. Il y a enfin le dessin injuste et drôle. C’est celui qui pose une vraie question. Il m’est arrivé d’en faire et de les envoyer, car quand une idée me fait vraiment rire, j’ai du mal à y renoncer. Mais je crois qu’il n’y a alors qu’une façon de s’en tirer, c’est d’afficher explicitement le choix, de le faire tellement outré que personne ne puisse le croire sérieux et que chacun comprenne qu’il n’est qu’un gag, auquel cas cela devient une espèce de récréation gratuite. Quand je fais ce genre de dessin, je veille au moins à ce que ce soit tellement énorme que c’est nécessairement reçu comme tel. Ce type de dessin est souvent extrêmement drôle, beaucoup plus que les dessins sérieux ou pertinents. J’ignore d’où ils viennent, n’ont souvent aucun rapport avec l’actualité, se fondent davantage sur un trait de caractère sur lequel on appuie. L’on n’est plus alors tout à fait dans la satire politique mais dans la comédie humaine, visible aussi en politique. C’est un autre registre. Mais c’est l’une des choses très troublantes dans le dessin de presse : l’on finit par s’aviser que les personnages sont devenus nos héros, nous nous les sommes appropriés, au risque d’outrepasser notre mission et d’en faire presque des personnages de fiction dont nous serions pratiquement les créateurs. C’est un peu délirant.

27Dans ces cas, où la drôlerie l’emporte sur la pertinence, vous fixez-vous des limites ?

28Oui. Je m’en fixe moi-même et j’ai le sentiment que les autres dessinateurs aussi. Parfois, il y a des dessins qui me font un peut tousser mais, dans l’ensemble, j’ai le sentiment que cela se tient à peu près.

29Au-delà, peut-il y avoir, chez des satiristes, des dimensions « stratégiques », par exemple ne pas trop mettre en scène un Jean-Marie Le Pen ou, au contraire, être systématiquement violent à son égard ?

30Je n’aime pas beaucoup dessiner Le Pen, mais c’est d’abord parce que je l’ai beaucoup fait et que j’ai l’impression d’avoir dit tout ce que je pouvais dire sur lui. Mais il y a, dans ce type de cas, un problème presque technique : lorsque l’on a une antipathie totale et absolue pour un personnage, on est incapable de se l’approprier comme les autres. Or cette appropriation est indispensable aux bons dessins. Même avec des gens à l’égard desquels je n’ai aucune proximité, j’aime bien les dessiner, parce que la politique me passionne, mais encore faut-il qu’ils m’intéressent un minimum. Dans le cas de Le Pen, je ne le dessine plus que si j’y suis obligé, comme évidemment lors du second tour de 2002. Sinon, j’évite, non par « choix stratégique » mais plutôt pour les raisons que je viens de dire. Il est à part et ne fait pas partie de ma galerie de personnages.

Sandale Compensée Fit Kiabiwide Camel FKclJ1T31D’autres, à votre avis ou à votre connaissance, font-ils de tels choix stratégiques ?

32Certains disent le vouloir, mais ce n’est pas possible. Ce n’est pas nous qui décidons, c’est l’actualité. En ce moment [3], on peut, si l’on veut, ne pas dessiner Douste-Blazy ou Fabius, mais comment s’interdire Sarkozy ou Ségolène ?

33Jusqu’ici, nous avons évoqué le dessin du point de vue du dessinateur. Voyons-le maintenant du point du dessiné, le politique. Première question : pour un politique, être dessiné, c’est d’abord une promotion. La désirent-ils, vont-ils jusqu’à le dire ?

34Quand Jean-Louis Debré a sollicité des dessinateurs et leur a ouvert l’Assemblée nationale, certains souhaitaient manifestement être croqués et le faisaient plus ou moins discrètement savoir. Plusieurs ont été très dépités de ne pas l’être.

35Mais, plus significativement, du point de vue de vos « clients réguliers », y a-t-il des retours et, si oui, de quel type ?

36Je n’en ai jamais eu aucun.

37Parce que vous ne les fréquentez pas ou parce que, les fréquentant, ils n’abordent néanmoins pas le sujet ?

38Il est vrai que je ne les fréquente pas, mais lorsqu’il m’est arrivé d’en rencontrer, ils ont trouvé le moyen de me signifier qu’ils connaissaient mon travail, mais se sont abstenus d’en faire le moindre commentaire. Je trouve qu’il est sain de conserver cette distance. Elle nous évite d’éventuelles interférences affectives.

39Certains dessins peuvent être franchement méchants, voire injurieux. Est-ce que, au moment où l’on dessine, l’on pense, si peu que ce soit, à la manière dont le dessin pourra être reçu par celui qu’il vise, par sa femme, ses enfants ?

40C’est toute la question de l’autocensure. Quand me viennent des idées excessivement violentes, ou d’une violence non fondée, je ne les dessine pas. Je m’autocensure beaucoup.

41Pourquoi ?

RoseLa RoseLa Redoute Sandales Redoute Femme Sandales RoseLa Sandales Femme Sandales Femme RoseLa Redoute Femme HDWE29I42L’on en revient à ce que je disais auparavant. On peut s’accommoder de l’injustice quand elle est drôle et qu’on peut exprimer qu’elle ne vise qu’à cela. On peut faire de l’humour gratuit. Mais je ne crois pas que l’on puisse, ou plutôt je ne crois pas que l’on doive, faire de la violence ou de la méchanceté gratuite. Ce qui fait la drôlerie, c’est un petit grain de folie, une sorte de grâce qui sauve tout, même l’injustice. Il n’existe pas cela dans la violence ou la méchanceté.

43Et la violence dans le dessin lui-même ?

44Personnellement, je n’aime pas les dessins violents, je n’en fais pas. Représenter des scènes violentes, j’estime n’être pas en position de le faire. Je suis dans mon atelier, je vis dans la liberté, le confort et je ne peux me mettre dans la situation d’un dessinateur vivant au milieu d’un massacre, de sorte que je ne serais pas à l’aise pour le représenter. Commenter ce dont je suis le témoin direct me convient beaucoup mieux.

Sandales 9cm De Brides À Fines Taupe Brillant Talon Aspect Fin 9WEH2YDI45Avez-vous un souci pédagogique ?

46Oui, un peu. Par exemple, sur Clearstream, j’ai essayé de comprendre ce qui s’est passé afin de ne pas faire n’importe quoi et pour que mes dessins soient compris. J’aime bien démonter une mécanique lorsque j’en ai l’occasion et la possibilité. En plus, ça me passionne d’essayer de rendre clair ce qui est compliqué.

47Donc vous vous considérez comme journaliste ?

48Oui, à cette différence près que je suis un journaliste de deuxième coup, qui travaille sur ce que font ceux qui apportent l’information. Sauf, bien sûr, lorsque je cherche par moi-même, pour la Corse ou le voile, mais il s’agit alors de bandes dessinées et plus de dessins de presse. La différence est avant tout une question de temps. Nous travaillons avec l’obsession de l’horloge.

49Ce doit être différent selon que l’on publie dans un quotidien ou un hebdomadaire ?

50Non, c’est pareil. Un dessin peut vieillir si vite que l’on est toujours obligé de le faire au dernier moment, donc dans l’urgence. Pour le Canard, je les fais les lundis et mardis matin.

51Comment vous situez-vous par rapport aux rédactions avec lesquelles vous travaillez ? Arrive-t-il qu’elles vous censurent ?

52Les dessinateurs de presse sont presque toujours entre deux chaises, dedans et dehors. Nous sommes partie intégrante du journal mais travaillons à l’extérieur, ne participons pas, ou rarement, aux conférences de rédaction. C’est assez étrange. Quant aux dessins, bien sûr il arrive que certains ne soient pas publiés, sans que l’on puisse parler de censure pour autant. S’il s’agit de dessins auxquels je tiens, ça m’énerve et je les renvoie plusieurs semaines de suite. En fait, il n’y a qu’un sujet particulièrement difficile, celui du Proche-Orient : quoi que l’on fasse, c’est toujours jugé trop ci ou trop ça par les uns ou les autres. Mais, hors ce cas spécial, il n’y a généralement pas de problèmes.

53Venons-en à un troisième volet, celui de l’impact. Le dessin est-il assassin de charisme ? Peut-il éviter d’être « poujadiste » en ceci qu’il s’en prend toujours aux puissants ? D’éroder les fondements mêmes de la démocratie, en donnant de ses dirigeants une image systématiquement péjorative ?

54Fait Cuir En Chaussures D'été La New Pour Sandales Main Hommes À e9YbEIHWD2C’est un reproche fréquent. Mais, d’abord, il faut savoir que lorsque l’on est dessinateur politique, c’est parce que l’on aime la politique et que l’on est un peu fasciné par ceux qui la font, sinon on ne ferait pas ce métier. C’est ce qui explique que, selon moi, la plupart des dessinateurs mettent en valeur la politique plus qu’ils ne la sapent. Ils ne prennent pas cela par-dessus la jambe. En même temps, comme je l’ai dit, nous sommes les emmerdeurs, nous sommes là pour appuyer sur ce qui fait mal, pour montrer ce qui ne va pas. Nous rappelons aussi aux politiques que leurs erreurs les font hommes, comme nous tous. Évidemment, nous pouvons participer à une désacralisation du politique. Mais d’abord va-t-il de soi qu’il doive être sacré ? Ensuite, nous sommes un peu des tireurs de tapis sous les pieds, mais, moi, en tout cas et en même temps, j’attends du pouvoir qu’il se fasse respecter. J’ai été très content de la loi sur le voile, d’une limite clairement fixée et globalement respectée depuis. De sorte que ce que je reprocherais au pouvoir n’est pas d’être le pouvoir mais, au contraire, de ne pas l’être ou de l’être mal. Enfin, nous nous adressons à des lecteurs qui ne sont pas des analphabètes et reçoivent nos dessins comme ils reçoivent des milliers d’informations dans le maquis desquelles ils sont assez grands pour se faire leur propre opinion.

55C’est l’éternelle question de l’impact et de l’influence, qui ne sont pas synonymes.

56Absolument. Je pense que nous n’avons aucun pouvoir. Nous sommes là pour cristalliser des impressions qui sont un peu diffuses dans l’opinion, des sentiments et des ressentiments, pour les concentrer et les répercuter. Nous n’avons pas la moindre influence sur le cours de la politique : le retrait du CPE, ce n’est pas la presse qui l’a provoqué, c’est la rue, et la presse ne peut pas se targuer non plus d’avoir provoqué la mobilisation de la rue, qui est venue d’ailleurs. Un dessin très réussi, inspiré, n’est pas celui qui dit aux gens ce qu’ils vont penser mais qui résume de façon humoristique ce qu’ils pensent déjà.

57A-t-on conservé la mémoire de tels dessins ?

58Il y a, bien sûr, celui de Caran d’Ache sur l’affaire Dreyfus, mais aussi celui de Faizant à la mort de De Gaulle. Mais, en même temps, il faut savoir que l’humour évolue. Lorsque je regarde les dessins de Daumier, ils sont graphiquement impressionnants mais, aujourd’hui, la plupart d’entre eux ne feraient plus rire personne.

59A-t-il pu se produire, ou peut-il se produire, qu’un dessin soit à ce point réussi, cristallise si bien une situation, qu’il suffise à une prise de conscience et puisse changer la donne ?

60Je ne crois pas. Nous ne sommes pas des acteurs de la politique, seulement ses illustrateurs. Notre rôle est d’abord récréatif, faire rire de nos ennuis, et si cela peut les rendre plus facilement supportables, tant mieux. Montrer les aspects drôles d’une situation qui ne l’est pas, c’est une fonction que j’aime et que je crois utile.

61À défaut d’avoir une influence sur le cours des événements, sur le corps électoral, les dessins ont-ils au moins une influence sur les dessinés ?

62Aucune ! La preuve, j’ai fait plusieurs dessins sur les cheveux de Villepin que je trouve un peu trop longs. Il ne les a pas raccourcis pour autant ! C’est peut-être pour cela que sa cote est ce qu’elle est… Plus sérieusement, ce que l’on constate, au plus, c’est le souci que les politiques ont de leur « look » lorsqu’ils remédient à tel ou tel travers que les dessinateurs ont relevé, comme la distance, chez Raffarin, entre son cou et l’encolure de sa veste, sur laquelle il a dû faire travailler son tailleur. Mais cela ne va pas chercher très loin en termes d’influence !

63Du point de vue graphique, qu’est-ce qui fait l’efficacité d’un dessin ?

64Si je le savais ! D’un strict point de vue graphique, il y a deux traditions au Canard. L’une est celle de la caricature, avec, par exemple, Moisan hier ou Cabu et Kerleroux aujourd’hui dont les dessins sont incroyablement ressemblants, tandis que l’autre, avec Escaro ou Wozniak par exemple, représente des personnages très stylisés. Les deux fonctionnent mais j’aime me situer entre l’une et l’autre. En fait, je crois que la ressemblance ajoute à la drôlerie, mais qu’elle n’y suffit pas.

65En revanche, les titres placés au-dessus du dessin aident.

66Sans aucun doute. C’est la tradition du Canard et elle est très utile, car le titre permet beaucoup d’économie dans le dessin. Je fais les miens moi-même et y tiens, car je m’amuse beaucoup à chercher des résonances entre le titre et le dessin, une sorte de question / réponse.

67Pour autant que vous le sachiez, comment se situe le dessin politique en France par rapport à ce qu’il est à l’étranger ?

68Il y a souvent de très grands dessinateurs dans la presse étrangère. Et l’on peut même y faire carrière politique puisque le ministre espagnol de la Justice, Juan Fernando Lopez Aguilar, en même temps que professeur de droit, a un passé de dessinateur de presse !

69En fait, pour autant que je puisse en juger, tous les grands journaux étrangers publient des dessins. Là où la France se singularise en bien, c’est en ayant deux hebdomadaires, le Canard et Charlie Hebdo, dans lesquels le dessin occupe une place essentielle. Là où elle se singularise en moins bien, c’est dans la faible place réservée au dessin dans la presse régionale, mais il est vrai que cela tient sans doute à des raisons de talents et surtout de coûts : aux États-Unis, l’on peut trouver des dessins formidables, mais cela doit beaucoup au fait qu’ils sont faciles à amortir parce que publiés dans la presse locale sur tout le territoire et à l’étranger. Au-delà, il n’existe pas ici de tradition du strip [4]. Lorsque nous faisions Le Baron noirMen's Rodwell Polo Blue Us M Ralph Lauren 12 54RjL3qA, avec Got, nous étions les seuls, avec Régis Franc et Le Café de la plage, et cela ne s’est pas reproduit.

70Ces strips avaient connu un succès considérable. Pourquoi avez-vous arrêté ?

71Pour plusieurs raisons, mais la principale a été 1981 : nous avions bâti toute la série sur l’image de Giscard et avions pensé que, après l’élection de Mitterrand, le pouvoir ne pourrait plus être représenté de la même manière. C’est dire ma naïveté !

72Passons à un autre sujet. Il y a un mystère : pour dire les choses simplement, la presse est frappée de « peopolisation », sportifs, artistes, présentateurs, on ne voit plus qu’eux, au détriment des politiques. Pourtant, le dessin satirique paraît ne pas les avoir encore atteints, ou seulement marginalement. Comment l’expliquez-vous ?

73C’est vrai qu’il existe un décalage entre la place considérable que les « people » occupent dans la presse et leur absence quasi totale des dessins. Je crois que cela s’explique tout simplement par le défaut d’intérêt des dessinateurs. Jusqu’ici, les satiristes ont toujours été attirés vers la politique. Peut-être que cela changera et sans doute y a-t-il là un créneau. Reste à trouver les gens qui auraient le talent et l’envie de l’occuper, mais, jusqu’à présent, être amplement et fréquemment caricaturés reste le privilège des politiques. La satire est le dernier sanctuaire de leur dignité.

74Finalement, vous, satiriste qui certes ne les épargnez pas, comment jugez-vous nos politiques ?

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75Pas pires qu’ailleurs. Les compétences ou la bonne volonté sont toujours là, mais elles sont victimes de l’évolution de la société en général. D’une part, la politique y exerce un pouvoir moindre, enserré dans toutes sortes de contraintes, et le débat politique y perd de sa prégnance. D’autre part, il existe une sorte de nivellement, de confusion généralisée : j’ai lu les propos d’un grand écrivain qui disait : « Si c’était à refaire, je serais chanteur de rock », mettant ainsi sur le même plan littérature et variété, comme si tout était interchangeable. La spécificité des politiques s’estompe.

76Pourtant, lorsque j’ai suivi des débats parlementaires, à l’invitation de Jean-Louis Debré dont j’ai déjà parlé, j’ai été très frappé par leur qualité technique, leur sérieux, leur sincérité. J’ai entendu Christine Boutin défendre des positions très intéressantes, très progressistes, sur des sujets sociaux difficiles, et il va de soi que ça a changé la perception que j’avais d’elle, mais aussi de ses collègues. Le fait que nous soyons conduits à moquer leurs travers ne doit pas faire oublier qu’ils ont des qualités, souvent plus grandes qu’on ne dit ou ne montre.

77Mais s’ils étaient trop bons, ils vous mettraient au chômage technique !

78C’est vrai. Le citoyen heureux fait le dessinateur malheureux. Dans une société parfaite, la satire politique n’aurait plus aucun rôle. Mais il nous reste de la marge…

  • [1]
    L’Enquête corse, Albin Michel, 2000 ; L’Affaire du voile, Albin Michel, 2006.
  • [2]
    West Wing, diffusé en France sous le titre À la Maison-Blanche.
  • [3]
    Juin 2006.
  • [4]
    Série de trois ou quatre dessins présentés à l’horizontale.
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Français

Les satiristes sont par nature les empêcheurs de gouverner en rond. En même temps, c’est leur goût de la politique qui les conduit à ce métier. Alors, certes, ils appuient où ça fait mal, mais ils le font en s’imposant quelques limites et ne peuvent avoir d’impact que s’ils parviennent à faire rire en exprimant ce que chacun ressent, bien plus qu’en prétendant influencer quiconque.

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René Pétillon
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  • L’expérience de la création
  • Avec René Pétillon et Jean-Philippe Bouilloud
  • Dans La créativité au travail
  • ERES, 2017
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Mis en ligne sur Cairn.info le 23/12/2008
https://doi.org/10.3917/pouv.119.0089
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